Critique de Laurent Bayart pour "Et le Vent sur les eaux"

Raphaël Heyer, Et le vent sur les eaux, L’Harmattan, Paris, 2005.

 

         Révélation des Rencontres de Molsheim, ce jeune poète résidant à Rosheim, étonne et surprend par l’assurance qu’il ne cesse d’acquérir au fil de ses parutions. Son extrême précocité lui donne une amplitude assez considérable à brasser de l’universel. Ecriture déjà très pointue et exigeante, celle-ci lui permet d’entre dans la collection Espace expérimental des Poètes des cinq continents publiée chez L’Harmattan à Paris. Une déjà belle assise pour un jeune homme de vingt six ans, dont le souffle augure toutes les élévations. Spiritualité, musicalité, rigueur, volupté et rythme, le cocktail est intense. L’alchimie du verbe fait du poème un instant de grâce et d’éternité : « la lumière à l’excès, la rumeur des murmures ;/ Tout prépare à gravir un haut lieu, un jour. – / Et il sera bientôt temps terriblement/ De sortir pieds nus dans la neige ». Voilà qui est justement repris en frontispice de  l’ouvrage. A bon entendeur, salut ! Raphaël Heyer puise son inspiration de la terre et de l’eau, Thalassa y figure par ses hymnes marins et ses envolées océaniques. Ajoutez à cela une richesse linguistique et une verve lexicale assez remarquables, cette poésie a tout d’une grande (pour reprendre une formule publicitaire…). Témoin de son siècle, à la fois pythie et Cassandre, il prépare l’homme à ses bouleversements que les poètes – ultra sensibles – sentent venir de loin, comme les débordements d’un volcan pulvérisant un jour sa croûte. Inspiration tellurique et regard pointé vers le cosmos. Trait d’union entre l’homme et Dieu. « Nous sommes les danseurs, les possédés./ Nous avons quitté le temps de la divinité/ pour celui de la divination. » Et plus avant, cette vérité qui sonne comme un oracle : « Les contemporains côtoient leurs fantômes/ davantage que leurs propres contemporains. » On ne trouvera ici aucun compromis. Le poète va jusqu’au bout d’un lyrisme sentencieux qui demeure rare dans la poésie contemporaine. Il répète inlassablement sa répulsion de toute barbarie, parfois avec un zest de dérision : « J’ai inspiré de l’air –  d’abord/ le 30 décembre 1979/ à midi cinquante/ j’avais 9 mois – le monde était sans fin// Dans quelle guerre sommes-nous entrés ? » Et puis ce bel éclat de colère : « On a tout cru, tout inventé, reste à concevoir/ ce qui reste du soleil, cette étendue/ à peine troublée, de l’ambre sur la rétine ». En résonance majeure, cette poésie là nous restitue l’ineffable et l’essentiel dans le bourdonnement sourd d’une aorte en gésine sanguine.

 

 

Laurent Bayart, in Revue alsacienne de littérature, n°92.

 

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